Langage stigmatisant et discriminatoire dans la loi n° 08/011 du 14 juillet 2008, telle que modifiée et complétée, portant protection des droits des personnes vivant avec le VIH et des personnes affectées en République démocratique du Congo: nécessité d’une reformulation inclusive à la lumière des guides internationaux
La loi n° 08/011 du 14 juillet 2008, telle que modifiée et complétée, marque une avancée importante dans la reconnaissance et la protection des droits des personnes vivant avec le VIH et des personnes affectées en République démocratique du Congo. Cependant, une analyse approfondie de ses dispositions met en évidence le recours à un vocabulaire juridique imprécis, scientifiquement erroné et empreint de stigmatisation. L’emploi de formules telles que «VIH/SIDA », « virus du sida », « lutte contre le VIH/SIDA », « groupes vulnérables », « individu infecté » ou encore « toxicomanes » tend à essentialiser les personnes concernées, à associer implicitement la séropositivité à une forme de danger social ou pénal, et à institutionnaliser des représentations fondées sur la peur, la moralisation et la suspicion. Ces expressions, loin d’être anodines, engendrent des effets juridiques et sociaux concrets, en favorisant la stigmatisation, la discrimination et, dans certains cas, une pénalisation excessive ou abusive du VIH. Elles constituent également un obstacle à l’accès effectif aux services de prévention, de dépistage et de soins pour les personnes vivant avec le VIH et les populations clés. À la lumière des recommandations du Guide de terminologie de l’ONUSIDA, le présent article plaide pour l’adoption immédiate d’un langage juridique inclusif, précis et non stigmatisant. Il propose, en outre, des pistes de reformulation visant à promouvoir un langage inclusif, conforme aux acquis scientifiques actuels, juridiquement précis et respectueux des principes d’égalité et de non- discrimination, conçu comme un levier pragmatique de protection des droits fondamentaux, d’amélioration de l’accès aux soins et de renforcement de l’efficacité de la riposte nationale au VIH.
Pénalisation de la transmission du VIH en République démocratique du Congo: carences probatoires, dérives répressives et enjeux de droits de l’homme – Analyse critique et perspectives de réforme à la lumière de l’affaire S.M.
Cet article propose une lecture critique et approfondie du cadre juridique encadrant la pénalisation de la transmission du VIH en République démocratique du Congo, en prenant l’affaire S. M. comme point d’ancrage d’une réflexion plus large. Ce cas emblématique met en lumière les dérives d’une justice encore trop souvent influencée par la peur, les préjugés et la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH, au détriment des standards requis en matière de preuve scientifique. À travers l’examen rigoureux de cette décision, l’article dévoile les failles systémiques et les excès répressifs qui marquent encore la justice congolaise, où le statut sérologique positif est souvent assimilé, à tort, à une preuve automatique de culpabilité, en particulier lorsqu’il est invoqué dans le cadre de procédures liées à des violences sexuelles. Loin de se limiter à la dénonciation, cette étude adopte une perspective résolument constructive en appelant à une réforme en profondeur du traitement juridique des cas de transmission présumée du VIH. Il souligne la nécessité urgente de développer des lignes directrices claires à l’usage des magistrats, de renforcer la formation des professionnels de la justice sur les réalités biomédicales liées au VIH, et de favoriser une approche cohérente qui concilie lutte contre les violences sexuelles, respect des droits de l’homme et exigences de santé publique.

